lundi 20 janvier 2020

CHRONIQUE DU CYCLE DE "TSCHAÏ"



Je me dois de vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

A l’époque, mon âge commençait par un 2 ou un 3 et je fréquentais un cinéma situé avenue du Gal Leclerc, près de la gare du Mans. « Le Club ». C’était le cinéma qui sortait tous les Disney de l’époque. A proximité était située une librairie-papeterie. Un jour en passant devant la vitrine j’aperçois un agencement d’ouvrages de poche chez « J’ai Lu » (collection de romans SF dirigé par Jacques Sadoul) constitué de belles couvertures (des peintures signées Tibor Csernus sans doute, le peintre hongrois). 
Et au-dessus des noms d’auteurs comme Edmund Hamilton, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Lovecraft. Resté sur les livres de Jules Verne, H. G. Wells ou Kenneth Robeson (Doc Savage), je m’empresse d’acheter tous les titres de la vitrine (4 ou 5 à l’époque) et chaque début de mois je faisais la razzia des nouveautés « J’ai Lu ». C’est comme cela qu’est arrivé le titre étrange LE CHASCH, œuvre de Jack VANCE, 1er tome de la quadrilogie : devait suivre LE WANKH, LE DIRDIR, LE PNUME, le tout constituant le cycle de TSCHAI. Réédition de l’ensemble paru chez OPTA (Office de Publicité Technique et Artistique) dans la prestigieuse et très chère à l’époque collection du CLUB DU LIVRE D’ANTICIPATION.

Aussitôt acheté, aussitôt plongé dans sa lecture. Ce qu’il me restait en mémoire c’était la réédition avec les couvertures de Philippe CAZA (rage à moi qui avait les CSERNUS bien moins attrayantes). Sinon, l’histoire était de la SF pur jus avec vaisseaux spatiaux, créatures en tout genre et un héros très masculin.

Grace aux éditions « J’ai Lu », encore elles, je viens de redécouvrir en un seul volume le cycle de TSCHAI.  Mais pour vous laisser le plaisir de le lire, je ne parlerai que du tome 1, LE CHASCH.
Couverture de Tibor Csernus
D’abord signaler une Préface de Philippe CAZA de 2015 ou il parle de son travail d’illustrateur sur les couvertures (hélas reproduites en noir et blanc) et de sa rencontre avec le maître « … 1916-2013 nous dit sa rubrique nécrologique, un monstre sacré du merveilleux. Ses récits de voyages fantastiques inspirés par les épopées mythologiques et les 1001 nuits que par sa propre expérience de marin au long cours ont laissé une trace indélébile dans la littérature américaine…. »  Je cite la 4ème de couverture.
Jack Vance
 Allez voir chez Mnémos et le Belial pour retrouver d’autres cycles comme "La Geste des Princes Démons" ou "Alastor".

Or donc, tout commence par un mystérieux signal capté par le vaisseau galactique terrestre Explorateur IV. Il a franchi les galaxies sur 200 années-lumière pour en connaître l’origine et arrive devant une planète géante. Ah la relativité spatio-temporelle ! Mais que se cache-t-il sous la couche de nuage ?

Ses officiers décident d’envoyer une navette de reconnaissance avec 2 de ses éclaireurs émérites. Alors que la capsule vient de s’éjecter du vaisseau-mère, une décharge lumineuse venue de la planète sans nom désintègre Explorateur IV. Sous le souffle de l’explosion silencieuse (nous sommes dans l’espace !), la navette chahutée, rate son entrée dans l’atmosphère.

Incontrôlable, les 2 éclaireurs doivent s’éjecter. Las, l’un d’eux ne peut se libérer et s’écrase dans un marais avec la navette. Le survivant, Adam Reith, se voit « atterrir » dans un arbre, empêtré dans on parachute.

Cette arrivée bruyante a attiré une curieuse plate-forme volante avec à son bord des créatures reptiliennes accompagnées de semblant d’hommes. Ils s’emparent de la navette et alors qu’ils s’éloignent, des créatures humaines aux curieux accoutrements vestimentaires s’approchent du lieu du crash.

Notre héros va être secouru et soigné, initié aux us et coutumes ainsi qu’au langage de la tribu un tantinet primitive. Il apprend ainsi que » la planète a pour nom « TSCHAÏ » et qu’elle abrite une faune, une flore hors des normes terrestres.
Illustration de CAZA

Carte du monde de Tschaï

L’arrivée de Adam Reith et son monde d’origine, la Terre, objet de légendes vont bouleverser ces différents microcosmes. Guerre, religions, mœurs et traditions ne sont pour lui qu’objets de dérision. Son entêtement à vouloir récupérer sa navette vont entraîner une suite d’événements plus ou moins dramatiques, jusqu’à….


Vous devez lire cette quadrilogie où Jack VANCE reprend avec flegme et délectation du détail incongru le schéma d’une rencontre en terre étrangère. La confrontation du Terrien « droit dans ses bottes », ses certitudes ancrées, ses jugements d’homo superior,  les femmes sont des objets à prendre sans résistance.

La qualité du livre ne vient pas du machisme assumé du « héros » bousculant des siècles d’organisations politiques, ethniques mais bien des descriptions tour à tour précises et imagées des différentes sociétés des 4 romans écrits entre 1968 et 1977.

Le lecteur pourrait se croire dans une version moderne de Gulliver ou Reith se débat avec des mentalités autres que celles qu’il a toujours connues. Il brise les tabous, sans retenu. Il s’empare de Tschaï au nom de la Terre, lui l’unique survivant humain contre toute une planète. D’ailleurs, à l’époque « … Alors que d’autres auteurs s’efforçaient d’aider la science-fiction à sortir des clichés des années de pulps, beaucoup d’écrivains de S.F. et la majorité des lecteurs ne faisaient guère preuve de scrupules moraux ou de philanthropie lorsqu’ils étaient confrontés à des extraterrestre… » (extrait de l’article « Principaux thèmes » de Douglas Hill de l’Encyclopédie de la Science-fiction sous la direction de Robert HOLDSTOCK 1978/1980, Octopuss Books ;  La Compagnie Internationale du Livre – C.I.L. pour la traduction française. Traduction Michel Lederer ; adaptation Jean-François Jamoul).

On n’est pas très loin d’une pensée « colonialiste » fondée sur l’hégémonie américaine blanche.

Mais foin de ces digressions contemporaines. Laissez-vous embarquer par l’exubérance de l’auteur digne du John Carter de E.R. Burroughs.

Extrait :
« … Je me réjouis de ne jamais avoir reçu de formation d’éclaireur, fit remarquer Walgrave. Sans quoi, moi aussi, j’aurais pu me retrouver envoyé sur des planètes étranges, voire parfaitement horrible. - Un éclaireur ne se forme pas, rétorqua Deale. Il naît ainsi, voilà tout : à moitié acrobate, à moitié savant fou, à moitié monte-en-l’air, à moitié…- Ça fait beaucoup de moitiés…- Mais il faut bien tout ça. Un éclaireur c’est un homme qui aime le changement. »

Personnages principaux :
*      Adam Reith, le Terrien
*      Traz, chef de tribu déchu, ami
*      Anacho, l’Homme Dirdir, déchu et blazé
*   Derl, touche féminine, petite amie de Adam (façon Dale Arden, petite amie de Flash Gordon)
Alex Raymond -Dale Arden

« TSCHAÏ » de Jack Vance, 1er tome « le CHASCH ». Edition « J’AI LU », intégrale, novembre 2019. Traduction de Michel Deutsch, révisée par Sébastien Guillot – Préface et illustration de couverture de Philippe Caza – 921 pages – 10, 90 €  

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