mercredi 18 mai 2022

LA TERRE DEVIENT ERRANTE SOUS LA PLUME DE LIU CIXIN

 


TERRE ERRANTE (2020)

Auteur : LIU CIXIN Né en 1963, Liu Cixin compte parmi les auteurs majeurs de la SF contemporaine. Déjà parus chez Actes Sud : Le Problème à trois corps (2016), La Forêt sombre (2017), La Mort immortelle (2018), Boule de foudre (2019) et Terre errante (2020).

Crédit photo : DR

Traduction : Gwennaël GAFFRIC

Editeur : ACTES SUD

Sortie : Janvier 2020

Prix : 9.00 €

80 pages

 

 

Résumé 4ème de couverture :

«Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver. Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner. »

Lorsque les astrophysiciens découvrent que la conversion de l’hydrogène en hélium s’est accélérée à l’intérieur du Soleil, ils comprennent que notre étoile est sur le point de se transformer en une géante rouge qui absorbera de manière inéluctable la Terre. Pour contrer cette extinction programmée de l’humanité, les nations se regroupent pour mettre en branle un projet d’une ambition folle : élaborer des moteurs gigantesques afin de transformer la planète bleue en véritable vaisseau spatial et de l’emmener à la recherche d’une nouvelle étoile…

Dans cette novella écrite en 2000, Liu Cixin manifeste déjà tout le talent que l’on retrouvera à l’œuvre dans la trilogie du Problème à trois corps. Disponible sur Netflix sous le titre The Wandering Earth, l’adaptation cinématographique qui en fut tirée en 2019 se hissa au troisième rang du box-office mondial. »

 

La technologie humaine au service de la sauvegarde de l’espèce humaine. Avec minutie scientifique, l’auteur développe l’idée de la création d’une barrière de réacteurs monumentaux autour de notre planète afin de lui permettre de se soustraire à l’attraction du soleil mourant. Il décrit les conséquences sur la climatologie et les catastrophes : raz de marée géants, tremblements de terre ; entraînant la destruction des plus grandes métropoles urbaines. Obligeant les survivants à se réfugier dans des « bunkers » souterrains géants.

Ce « vol » à travers l’espace et échapper ainsi à notre système solaire vers une galaxie lointaine habitable doit durer plus d’un millier d’années. Plus qu’une vie d’hommes. Des générations doivent se succéder pour accomplir l’impensable.

Conté par un témoin qui se remémore les débuts de ce voyage en compagnie de son père, perpétue une tradition de sortir à l’extérieur, protégés du froid spatial pour admirer la clarté aveuglante des cieux étoilés ainsi que les fameux réacteurs.

La poésie de l’écriture de Liu CIXIN rend crédible ces bouleversements : « La Terre était en route. L’Humanité était en route. C’est au moment du départ que mon grand-père est mort. Les brûlures sur son corps avaient fini par s’infecter. Dans ses derniers instants, il répétait inlassablement cette phrase « Terre ! Ô ma Terre errante ».

Un texte court mais dense, poétique je l’ai dit, qui se suffit à lui-même par la cohérence de l’écriture et de l’intrigue. Une qualité de l’écriture qui se retrouvera dans ses romans suivants tous édités chez ACTES SUD ! Liu CIXIN n’en oublie pas d’évoquer les conséquences sociales d’un isolement aussi long…  






J’ai beaucoup aimé lire le texte après avoir vu le film dont il est une lointaine adaptation. Film chinois qui mise sur la vision du spectaculaire et des effets spéciaux. Je vous recommande plutôt la bande dessinée adaptée du texte, chez DELCOURT, scénarisé par Christophe BEC et dessiné par Stefano RAFFAELE...


 

Extrait : « Nous évoluions dans une nuit noire, longue et silencieuse. Les propulseurs du continent américain, eux, fonctionnait à pleine puissance. C’était là-bas que se trouvaient les tuyères de la fusée terrestre. L’hémisphère Ouest faisant lui aussi face au Soleil, la chaleur y était torride, et toute la végétation était carbonisée. »


 


mardi 17 mai 2022

CLAIRE NORTH FASCINE AVEC LE SERPENT

 


LE SERPENT – LA MAISON DES JEUX – TOME 1 (THE SERPENT – 2015)

Auteure : Claire NORTH (Née en 1986 en Angleterre, Claire North publie son premier livre à l’âge de 16 ans, sous son nom véritable, Catherine Webb — une huitaine d’autres romans suivront. Avide de nouveaux territoires littéraires, elle adopte le nom de Claire North en 2014 pour sa première incursion dans un registre plus science-fictif : Les Quinze Premières Vies d’Harry August sera salué par le prix Campbell Memorial en 2015. Elle a depuis fait paraître six romans, tous accueillis par une critique unanime)


Traduction : Michel PAGEL

Illustration de couverture : Aurélien POLICE

Editeur : LE BELIAL – Collection UNE HEURE LUMIERE

Sortie librairie : 03/2022

154 pages – 10.90 €

 

Résumé de l’éditeur :

« Venise, 1610.
Au cœur de la Sérénissime, cité-monde la plus peuplée d’Europe, puissance honnie par le pape Paul V, il est un établissement mystérieux connu sous le nom de Maison des Jeux. Palais accueillant des joueurs de tous horizons, il se divise en deux cercles, Basse et Haute Loge. Dans le premier, les fortunes se font et se défont autour de tables de jeux divers et parfois improbables. Rarement, très rarement, certains joueurs aux talents hors normes sont invités à franchir les portes dorées de la Haute Loge. Les enjeux de ce lieu secret sont tout autre : pouvoir et politique à l’échelle des États, souvenirs, dons et capacités, années de vie… Tout le monde n’est pas digne de concourir dans la Haute Loge. Mais pour Thene, jeune femme bafouée par un mari aigri et falot ayant englouti sa fortune, il n’y a aucune alternative. D’autant que l’horizon qui s’offre à elle ne connaît pas de limite. Pour peu qu’elle gagne. Et qu’elle n’oublie pas que plus élevés sont les enjeux, plus dangereuses sont les règles…

« […] surprenant, intriguant, à la fois récit fantastique et paranoïaque sur un monde où tout un chacun peut être acheté, doublé d’une sombre réflexion sur les choses qui comptent vraiment quand tout peut être mis en jeu. » KIRKUS REVIEWS 

 

Où le lecteur s’introduit-il ? Au théâtre ! Sur le plateau d’un théâtre où va se jouer une comédie dramatique, au 17ème siècle, à Venise. La flamboyante et prospère Cité indépendante mais empreinte de mystères, de cruautés. Derrière les masques de carnaval se cachent des luttes de pouvoir : commerces, politiques. Au-dessus se tient la Maison des Jeux. A ceux qui se montrent talentueux, la Haute Loge. Mais pour en mériter l’accès, il faut en passer par une épreuve « initiatique » consistant à amener un challenger au plus près du pouvoir des doges quitte à vaincre d’authentiques adversaires. Avec en main des pièces d’un jeu d’échec qui correspondent à des atouts à manipuler…

C’est là que va se jouer le destin de Thene, qui va l’amener là où se trame une guerre d’un genre nouveau. Un seul objectif : la victoire ! Quel qu’en soit le prix. Au risque de se brûler les ailes.

Alors sur l’échiquier du pouvoir vont se succéder les coups les plus improbables avec des pièces d’un puzzle qui trouve encore un écho aujourd’hui. Entre lumières et ténèbres. Là où qui joue, peut perdre beaucoup. Jusqu'à l'ultime "échec et mat !". 

Claire NORTH manipule son lecteur et construit une trame (une toile ?) sur fond historique mais qui est celle qui agite le monde des puissants depuis l’origine du monde : le Pouvoir ! Sans doute l’intrigue qui se révèlera dans les 2 prochains tomes, « Le voleur » et « Le Maître ».





Thene est-elle sympathique ? le sait-on vraiment. Elle, la femme, s’introduit dans des sphères à dominante masculine. Elle en extrait leur peur, leur chagrin, leur suffisance pour mieux les manipuler. Insidieusement, en louvoyant habilement, prête à frapper douloureusement telle un reptile implacable ; avec froideur et sans état d’âme.

Extrait : "Pourquoi jouez vous, madame ? demande-t-elle enfin.

Thene hésite.
"Allons, allons, lui reproche son interlocutrice. Nous sommes sœurs et je suis dans votre main. J'ai été joueuse. Je puis vous être plus utile que vous ne le croyez. Pourquoi jouez vous ?
- Pour être libre... Pour être...  puissante..."
 

Rarement un texte court ne m’aura autant dérangé, irrité, perturbé, fasciné que celui de Claire NORTH. Une novella indispensable dans ce monde de l’Imaginaire où les écrits manquent de force parfois.






lundi 9 mai 2022

ILS RODENT AUTOUR DE NOUS, L'OMBRE DES AUTRES DE C.J. TUDOR, LE FRISSON DU MOIS

 


L’OMBREDES AUTRES – 2020

Auteure : C.J. TUDOR (CJ Tudor est une auteure anglaise née à Salisbury et vivant aujourd'hui à Nottingham. Avant de se consacrer à l’écriture, elle a travaillé comme journaliste, rédactrice en chef, scénariste, voix-off et présentatrice TV.
Son premier roman, sombre et macabre, intitulé L'homme craie parait en 2018 et elle est récompensée par les prix du meilleur premier roman du prix Barry 2019 et du prix Thriller 2019.
C.J. Tudor est aussi l'auteure de La Disparition d'Annie Thorne (2019) et de L'ombre des autres (2021).)

Traduction : Thibaud ELIROFF

Editeur : J’AI LU (première édition chez PYGMALION-2021)

Sortie librairie : 04/2022

410 pages – 8.30 €

 

Résumé de l’éditeur :

« Il envisageait de changer de file quand le visage d’une fillette apparut dans le pare-brise arrière, parfaitement encadré par les autocollants écaillés. Elle semblait avoir cinq ou six ans. Visage lunaire, joues roses. Fins cheveux blonds rassemblés en deux couettes hautes. La première chose qu’il se dit, c’est qu’elle aurait dû être attachée. La deuxième fut : Izzy. »
Depuis ce jour, Gabe n’a jamais revu sa fille. Trois ans après le drame, il arpente jour et nuit l’autoroute dans l’espoir de la retrouver.
De leur côté, Fran et Alice passent aussi leur temps en voiture… mais pour fuir ceux qui leur veulent du mal.
Leurs histoires convergent vers un même groupe : Les Autres. Soumettez-leur une requête, ils trouveront une solution. Mais à quel prix ?
».

 

Stephen KING a beaucoup aimé. Il n’est pas le seul.

Les frissons sont au rendez-vous. Avec une efficacité littéraire certaine, C.J. TUDOR tisse une toile où le lecteur se débat inutilement. Vous êtes captif de l’histoire de Gabe. Essayant de deviner qui sont les bons et les méchants. Chapitre par chapitre, l’auteure distille des pistes que même la police anglaise a bien du mal à croire. Et pourtant un mystérieux groupe de personnes applique une sorte de justice effrayante : Les Autres. Gabe les a peut-être côtoyés depuis qu’il parcourt inlassablement la même route, s’arrêtant dans les même bars et restaurants, s’attirant pitié ou crainte,  jusqu’à la folie ?  Qui est cette autre fillette qui transporte un sac rempli de galets ? Qui est vraiment ce bon « samaritain » dévoué à Gabe à la recherche de la vérité ? L’OMBRE DES AUTRES est un thriller efficace, maitrisé de bout en bout. Avec juste ce qu’il faut d’étrangeté, de fantastique peut-être pour vous éviter de décrocher ! Un roman qui va vous donner l’envie de découvrir de nouveaux titres : « L’HOMME CRAIE » ; « LA DISPARITION D’ANNIE THORNE » ; et la nouveauté de ce mois de mars chez Pygmalion, « LES INCANDESCENTES ».








« Gabe reporta son attention sur le carnet. Plusieurs fragments de mots et de lettres se chevauchaient. Mais deux d’entre eux ressortaient, empreintes spectrales de la main d’un mort. LES AUTRES. » Extrait

 Verdict : un thriller captivant, inventif et sinistre… 
Extrait d'un article de "Crime by the Book"  

"... Je pousse un soupir de soulagement chaque fois que je commence un nouveau livre de C.J. Tudor. Ce n'est pas parce que ces livres sont des lectures légères et relaxantes - ils ne le sont pas, par aucun effort d'imagination. C'est parce que C.J. Tudor, peut-être plus que n'importe quel nouvel auteur que j'ai découvert au cours des dernières années, écrit avec le genre de confiance et d'assurance qui met le lecteur totalement à l'aise. Les histoires de Tudor sont des confections sombres, complexes et hallucinantes, le genre de livres qui se glissent sous votre peau et vous obligent à continuer à tourner les pages bien au-delà de l'heure du coucher. Ce sont, pour moi, de pures évasions - des histoires qui valent la peine d'être dévorées sur votre liste de choses à faire. La troisième sortie de Tudor, qui vient d'être mise en vente aux États-Unis plus tôt cette semaine, ne fait pas exception. L’OMBRE DES AUTRES commence par un mystère de personnes disparues apparemment simple : un père est à la recherche de sa jeune fille, une fille qui a disparu trois ans auparavant. Il est le seul à croire qu'elle est encore en vie et il n'abandonnera pas tant qu'il ne l'aura pas retrouvée. Mais il y a des forces plus sinistres à l'œuvre ici, à savoir un groupe anonyme et ténébreux qui vit sur le dark web - L'OMBRE DES AUTRES. Qui sont ces "autres personnes" et quelle implication ont-elles, le cas échéant, avec l'enfant disparu de notre protagoniste ? Au fur et à mesure que les lecteurs suivront les fils de ce mystère complexe, ils découvriront rapidement que la vue d'ensemble de L’OMBRE DES AUTRES est encore plus fascinante que ses parties individuelles. Entrelacé de suspense surnaturel et débordant de valeur de divertissement qui tourne la page et de poids émotionnel, L'OMBRE DES AUTRES cimente C.J. Tudor comme la reine moderne de la chair de poule. Tout lecteur qui aime la fiction policière qui repousse les limites doit simplement ajouter C.J. Tudor à sa liste de lecture…

L’OMBRE DES AUTRES est en partie du mystère de personnes disparues, en partie thriller
 psychologique, en partie travail de suspense surnaturel, et la somme de toutes ses parties 
est un roman exceptionnel et captivant empreint de menace et dégoulinant de valeur de 
divertissement… 
Q : Pourquoi vous appelle-t-on les Autres ?

 R : « Nous sommes des gens comme vous. Des gens à qui des choses terribles sont arrivées. Nous n'avons pas trouvé de réconfort dans le pardon ou l'oubli. Mais en s'aidant mutuellement à trouver justice. »

 

 

 

jeudi 21 avril 2022

LOIN DE LA LUMIERE DES CIEUX, QUI VOUS ENTENDRA HURLER DANS L'ESPACE ?

 


LOIN DE LA LUMIERE DES CIEUX– 2021 (Far from the light of heaven)

Couverture de l'édition originale

Auteur : Tade THOMPSON


Tade Thompson est un psychologue et écrivain britannique d'origine nigériane, auteur de science-fiction, de fantasy et d'horreur.

Né de parents yorubas, il a grandi au Nigeria. Sa famille a quitté le Royaume-Uni en 1976. Il a fait des études de médecine et d'anthropologie sociale et culturelle puis s'est spécialisé en psychiatrie. Il est retourné au Royaume-Uni en 1998.

Tade Thompson vit désormais dans le sud de l’Angleterre, où il exerce la profession de psychiatre.

En 2015, il publie son premier roman, "Making Wolf" qui obtient la même année le Kitschies Golden Tentacle Award.

Il est l’auteur de quatre romans et d’une vingtaine de nouvelles et novellas qui lui ont valu des prix d’importance dont deux fois le Nommo Award: en 2017 pour "Rosewater" (2016) et en 2018 pour "Les meurtres de Molly Southbourne" ("The Murders of Molly Southbourne", 2017).

Traduction : Michel PAGEL


Michel Pagel est un écrivain français.

Il est connu sous les pseudonymes suivants : Félix Chapel, Mike Nofrost, Terence Corman (collectif), Don A. Seabury (collectif), Luc Belladonnal (collectif) et Pierre-Alexis Orloff.

Depuis sa première nouvelle, parue en 1977 dans le fanzine "Espace-Temps", il a touché avec un égal bonheur à des genres aussi différents que la science-fiction: "Le Casino perdu" (1998), "L'Équilibre des paradoxes" (1999, Prix Rosny aîné, 2000 et Prix Julia-Verlanger, 2000), "La Taverne de l'espoir" (1984), la fantasy: "Les Flammes de la nuit" (1985-1987), "Les Immortels" (2006) et, surtout, le fantastique dont il est en France le maître incontesté.

"L'Œuvre du diable", dernier volume de son opus majeur, "La Comédie inhumaine" (5 tomes), est paru en 2004.

Son uchronie consacrée au roi de France Philippe Auguste ("Le Roi d'aout", 2002) a remporté en 2003 le Grand prix de l'imaginaire du meilleur roman francophone. Depuis, il s'essaye de temps en temps à ce genre particulier, notamment avec "Le dernier des Francs" (2012).

Auteur de la série "Panthéra" (2008-2018), sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff, Michel Pagel a renoué avec ses amours pour la littérature populaire, tout en conservant une inspiration proche de son cycle fantastique de "La Comédie inhumaine".

Il est également traducteur de nombreux ouvrages anglo-saxons: une partie de son œuvre distinguée en 2000, avec le Grand Prix de l'Imaginaire attribué à ses traductions de Joe Haldeman et Graham Joyce.

Editeur : J’AI LU


– Collection « Nouveaux Millénaires »

Sortie librairie mars 2022

316 pages, 20,00 €

 

Résumé de l’éditeur :

« Le Ragtime emporte à travers l’espace un millier de colons endormis à destination de Sang-Dragon, à plusieurs années-lumière de la Terre. Quand la commandante Campion se réveille, rien ne se passe comme prévu : l’IA qui pilote le vaisseau est défectueuse, et trente et un de ses passagers gisent, démembrés, hors de leur caisson de stase. Pourtant, la jeune femme est seule sur le vaisseau.
En réponse à son message de détresse, les autorités de Sang-Dragon envoient deux agents sur place, Rasheed Fin et son assistant artificiel, Salvo. Mais leur enquête tourne court quand le Ragtime commence à s’en prendre physiquement à eux… »

Lecteur d’Imaginaire depuis longtemps, au cours d’une discussion avec mon libraire, je me plaignais de trouver de moins en moins de romans de science-fiction en rayon. Si ce n’est des rééditions régulières de classiques du genre comme celle de « 2001, l’Odyssée de l’Espace » de Arthur C. CLARKE (également chez J’AI LU ce mois-ci) dans une nouvelle traduction de Gilles GOULLET.


Si vous êtes comme moi, précipitez-vous sur le tout nouveau roman de Tade THOMPSON « Loin de la lumière des cieux ». L’auteur de la trilogie ROSE WATER, ou les novellas autour du personnage de Molly SOUTHBOURNE.

Aux éditions J'ai Lu !

Aux éditions du Bélial



Enfin de la science-fiction, de la vraie (?). Espace, vaisseau spatial avec en prime une intrigue criminelle en lieu clos phobique. Là encore une Intelligence artificielle qui déraille, des corps démembrés, une commandante en panique. « … S.O.S., S.O.S…. Je me retrouve face à un gros problème. Pertes humaines multiples… ». Extrait !

Ce n’est pas l’enquêteur et son assistant artificiel androïde, envoyés par Sang-Dragon (but du voyage entrepris depuis la Terre), qui va la rassurer. Tout tourne à la catastrophe dans le vaisseau géant. Attaques de bots, plantes qui se développent de manière anarchique et agressive, irruption de créatures improbables… Jusqu’à l’arrivée en navette spatiale de l’oncle de la commandante en compagnie d’une entité extraterrestre de la race des Lambres dotée d’étonnants pouvoirs dont un haut potentiel torride… Pourquoi s’invite-t-il dans cette « galère ». Tout cela en apesanteur totale !

L’enquête s’oriente vers la présence d’un magnat à la fortune colossale fuyant un divorce embarrassant. Mais pourquoi figure-t-il parmi les victimes ?

Le roman est découpé en chapitres parfois courts, dédiés à chaque protagoniste. Tade THOMPSON utilise les codes classiques du genre pour mieux les « pulvériser ». On avait cru l’espace silencieux ; là, ça crie, ça hurle. Qui peut alors les entendre ? Surtout que l’air en vient à manquer et que le vaisseau géant semble capable de s’écraser sur Sang-Dragon. Les passagers n’ont aucun moyen de maîtriser la situation alors que l’impensable rôde dans les coursives.

Le texte est nerveux, les frissons du texte tiennent le lecteur en apnée, des relents claustrophobiques agitent son esprit ! L'auteur arrive même à glisser une allusion à l'Afrique et à une de ses tribus, lieu où se déroulait l'intrigue de "Rose Water" !

J’ai vraiment pris un grand plaisir à lire ce très bon roman. Un véritable « page-turner ». Qui réjouira les afficionados du genre et pourrait attirer un lectorat moins sensible à la science-fiction. Grâce à la maîtrise de l’auteur qui nous prouve encore qu’il est un très bon représentant des littératures de l’imaginaire !

"... Un examen de plus près révèle des piquants sur les tentacules. Malgré cela, Shell en empoigne un, prend appui des deux pieds sur la paroi du vaisseau et tire. Rien ne bouge,. Après avoir suivi l'un  des longs membres jusqu'au point le plus éloigné de Joké, le plus proche du mur, elle arme son pistolet et appuie sur la détente. Le tentacule se rompt et du liquide jaillit, forme un nuage aérosol - une substance d'un noir d'encre qui obscurcit la vue et fait Dieu sait quoi d'autre...." " - Extrait  

"Tade Thompson, lauréat du prix Arthur C. Clarke, fait un retour triomphal à la science-fiction avec cette vision inoubliable de l'avenir de l'humanité dans le vide glacial de l'espace."

Un titre de 2020 à venir dans une traduction française ?



                                            

lundi 11 avril 2022

RETOUR DANS L'EGYPTE UCHRONIQUE DE DJELI CLARK POUR CE MAITRE DES DJINNS

 


MAÎTRE DES DJINNS – (A Master of Djinn) 2021

Auteur : P. Djèli CLARK


Né en 1971 à New York, P. Djèlí Clark a passé la majeure partie de sa jeunesse à Houston, Texas. Mais c’est à Trinité-et-Tobago, le pays d’origine de ses parents, qu’il a vécu ses toutes premières années. Quand il n’écrit pas de la fiction, il est historien et chercheur en étude comparée de l’esclavage et de l’émancipation dans le monde atlantique.

Traduction : Mathilde MONTIER

Illustration de couverture : Stephan MARTINIERE

Editeur : L’ATALANTE – Collection « LA DENTELLE DU CYGNE »

Février 2022

468 pages

 

Résumé de l’éditeur :

«Le Caire, 1912. Vêtue d’un complet trois pièces – un ensemble blanc du plus bel effet sur sa peau cuivrée –, Fatma lisse sa cravate couleur d’or en veillant à exhiber les boutons de manchette scintillant aux poignets de sa chemise bleu nuit. Puis elle pose son chapeau melon sur sa courte crinière bouclée.

Oui, Fatma el-Sha’arawi est une redoutable sapeuse. C’est aussi une énergique et compétente enquêtrice du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. Et la voici en charge de l’assassinat collectif de la Fraternité d’al-Jahiz par un inconnu qui se prétend… al-Jahiz lui-même, le puissant mystique qui a ouvert la porte de l’Égypte à la magie et aux djinns cinquante ans plus tôt.
Imposture ? Ça ne fait aucun doute pour Fatma. Mais encore faut-il identifier et traquer ce mystérieux terroriste que des pouvoirs inouïs rendent, semble-t-il, invulnérable. Une enquête à tiroirs à l’issue de quoi on dirait bien que notre héroïne devra encore sauver le monde.

Avec Maître des Djinns, Phenderson Djèlí Clark signe son premier roman et nous entraîne au cœur d’une Égypte uchronique flamboyante. »

 

 

Fatma El-Sha’Araw par Mar Ch, un artiste polonais...



Le lecteur avait connaissance du personnage Fatma El-Sha’Arawi, agente spéciale du ministère égyptien de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles au cours de la nouvelle « L’étrange affaire du Djinn du Caire ». Une dandie enquêtrice !  






Introduisant ainsi un pays, une Egypte alternative, où les créatures issues des légendes arabes, les Djinns, s’installaient dans la société du pays avec us et coutumes. Grâce à un personnage mythique, al-Jahiz qui avait déchiré le voile entre les deux mondes.



« L’Egypte, joyau mystérieux de l’Orient, terre des pharaons, des légendaires Mamelouk et de mille et une merveilles… L’Egypte siégeait parmi les grandes puissances et le Caire distançait à grand train Londres, voire Paris… »

C’est dans ce fourmillement familier que Djèli CLARK délecte son lecteur de moult détails technologiques décalés, des petites échoppes, des traditions anciennes dont celles liées aux dieux du panthéon égyptien tout en restant arabe dans les pratiques religieuses. Une occasion pour lui d’approfondir le cadre d’une Egypte uchronique du début du XXème siècle tout en élargissant le cadre géographique aux pays de l’Europe. Où les créatures imaginaires liées à nos folklores propres (faeys, gobelins…) ont fait irruption dans notre réalité.

Le roman, un format inédit pour l’auteur jusqu’à présent, lui donne l’occasion d’approfondir le caractère et l’entourage de Fatma. Vis-à-vis, des institutions officielles et politiques, de ses relations avec sa hiérarchie et ses collègues (et notamment cette jeune et prometteuse Hadia qui fait ombrage à ses méthodes d’investigations) ; il y a aussi ses relations avec son garde du corps et du cœur qu’est Siti. La belle indépendante se heurte avec la très haute société mais aussi ses bas-fonds. Ses certitudes vacillant face à un personnage énigmatique et légendaire revenu du monde des limbes (al-Jahiz). Mais que cache le masque dont il s’affuble, quelle est son projet improbable ; est-il réel, ou s’agit-il d’un imposteur ? Mais comment se comporter, se confronter à lui, alors qu’il maîtrise toutes les magies les plus puissantes et se fait obéir des créatures magiques elles-mêmes ! « L’al Jahiz que j’ai étudié était un précepteur, dit Fatma. Un penseur, un inventeur, un homme de bien, de vérité et de justice. Un philosophe qui parlait de liberté. Que Dieu m’en soit témoin, dans aucune de mes lectures on ne l’a qualifié de meurtrier… » Extrait.

A toi lecteur de t’aventurer avec délices, humour aussi, dans la quête, dans l’enquête de Fatma. Excellente occasion de relire les deux précédents textes introduisant ces univers magiques. 

Avec un clin d’œil à la musique jazzy Nouvelle-Orléans !

Mathilde MONTIER, la traductrice, a su rendre la fluidité du récit. Démontrant que l’auteur est aussi à l’aise dans le roman que dans la nouvelle. Il lui permet d’apporter une richesse d’imaginaire supplémentaire qui ne nuit pas le moins du monde à l’intrigue, la renforce. En résumé, une très belle surprise, agréable pour le lecteur accro à ce type de littérature.

Une mention particulière à l’illustrateur de couverture, Stephan MARTINIERE, avec son interprétation du décor du ministère de l’Alchimie… A signaler que la présente édition du roman se présente sous une forme brochée mais aussi sous couverture cartonnées. Une bonne idée de cadeau à l’occasion.

Et un grand merci à Julien GUERRY pour l’envoi de cette dernière édition !  

"Clark explore habilement le colonialisme et l'histoire du Caire avec un cadre immersif qui agit comme un autre personnage dans cette délicieuse combinaison de mystère, de fantaisie et de romance. Donnez ceci aux passionnés d'histoire alternatifs et aux lecteurs mystérieux qui apprécient une dose de magie."Booklist, Starred Review 

"A Master of Djinn est tout ce que vous pouvez attendre de Clark : une action cinématographique, une réinvention radicale de l'histoire réelle et de la magie à chaque page.." Hugo Award winner Alix E. Harrow