lundi 27 avril 2020

ROMAN A LIRE EN TEMPS DE PANDÉMIE !




Quand la fiction rejoint la réalité. J’ai tiré ces quelques lignes du roman de M.R. CAREY « Celle qui a tous les dons » ; à l’origine du film « The Last Girl ».





Le roman est paru à l’origine en 2013 et traduit par Nathalie MEGE. Les éditions de l’ATALANTE l’ont publié en 2014.


Nous sommes dans un roman qui parle de zombies mais pas que… Car Melanie, héroïne de cette histoire, pourrait faire peur en tant que morte vivante (ce qu’elle ignore) mais elle est aussi intelligente. Et quelque part « attachante ». C’est ce que constate Mlle Justineau, une de ses enseignantes. Dans cette zone bunkerisée, l’armée a enfermé une vingtaine de jeunes affams dotés d’intelligence   (objets d'expériences scientifiques).   Au contraire des adultes qui rodent à l’extérieur. Ce sont des zombies plus proche de l’univers de « 28 jours plus tard », rapides et terriblement affamés.

 Le sergent Parks est là pour faire respecter la sécurité des confinés. Et parfois montrer la dangerosité de ses jeunes gens.

Mais le docteur Caldwell, scientifique elle, est chargée de superviser les recherches pour découvrir l’origine de cette pandémie sans doute mondiale.

Ce qui n’est pas du goût de Mlle Justineau. Elle est mise en garde sur la réalité du mal qui ronge les enfants en passant un documentaire édifiant de David Attenborough !

« … Nous avions supposé au départ que le pathogène affameur devait être un virus ou une bactérie. La rapidité du déclenchement de la maladie et les vecteurs d’infection multiples nous faisaient pencher pour cette piste. Mais de nombreux éléments sont venus étayer l’autre hypothèse. Si la Cassure n’était pas intervenue aussi vite, on aurait isolé cet organisme en quelques jours….

— … Tout ceci constitue un organisme unique, indique Caldwell avec fierté, voire une forme d’affection perverse. (Elle le montre du doigt.) Et désormais nous savons de quel genre d’organisme il s’agit. Nous l’avons enfin compris. — Ça me paraissait assez évident, affirme Justineau. Si Caldwell perçoit le sarcasme dans sa voix, ça ne semble pas la troubler, en tout cas. — Oh, nous avons su rapidement qu’il s’agissait d’un champignon, admet-elle. Nous avions supposé au départ que le pathogène affameur devait être un virus ou une bactérie. La rapidité du déclenchement de la maladie et les vecteurs d’infection multiples nous faisaient pencher pour cette piste. Mais de nombreux éléments sont venus étayer l’autre hypothèse. Si la Cassure n’était pas intervenue aussi vite, on aurait isolé cet organisme en quelques jours. » Vu les circonstances… ça nous a demandé un bon moment. Au cours du chaos qui a régné les premières semaines, nous avons perdu beaucoup de données. Les examens auxquels on soumettait les victimes se sont interrompus brusquement quand elles ont attaqué les médecins et les scientifiques qui les observaient. Elles les ont débordés puis dévorés. La vitesse de propagation exponentielle du fléau a permis la répétition mondiale, ad libitum, de ce scénario. Et à chaque fois, vu la nature de leurs travaux, les hommes et femmes qui auraient pu nous en révéler le plus ont été les plus exposés à l’infection, bien entendu…

… Le fungus se répand à travers le corps de la fourmi pour finir par exploser hors de sa tête, sporange phallique niquant à mort de l’intérieur le crâne de l’insecte à l’agonie. Et laissant échapper des milliers de spores, qui tombent d’une telle hauteur qu’elles s’éparpillent sur des kilomètres à la ronde. Toute l’idée est là. Des milliers d’espèces de Cordyceps, tous spécialisés, parasitant de façon unique telle ou telle variété particulière de fourmi. Mais à un moment donné en a surgi un qui s’est montré beaucoup moins pointilleux. Il a sauté la barrière des espèces, puis celles des genres, des familles, des ordres et enfin des classes. Il s’est hissé jusqu’au sommet de l’arbre de l’évolution, si l’on admet une seconde que l’évolution est un arbre, qui possède un sommet. Bien entendu, il se peut que ce Cordyceps ait bénéficié d’une aide extérieure. On l’a peut-être fait pousser en labo pour une raison obscure, en accélérant la cadence à coups d’épissages et d’injections d’ARN. Tout ça constitue de très grands bonds, tout de même… ». Extrait du roman !



J'aime bien la version de National Geographic !


Mais ce qui est entré dans ce bunker doit en sortir, et ce n'est pas forcément vers la liberté. Surtout que les "cureurs" surveillent le site. C'est tout le sujet et l'univers du roman anxiogène de CAREY.

Avant Melanie.... Roman sorti en 2018

Que je vous recommande pour l’art avec lequel l’auteur distille ce climat oppressant et horrifique. C’est froid et à la fois humain qui rappellera la série des « Walking Dead ». Un style que j’avais déjà noté dans son roman récent, toujours aux éditions de l’ATALANTE,  « Fellside ». Mais âmes sensibles s'abstenir !



samedi 18 avril 2020

LECTURES DE L’IMAGINAIRE EN TEMPS DE PANDÉMIE



Nous allons entamer la sixième semaine de confinement et l’amateur de littérature de l’Imaginaire poursuit tant bien que mal la lecture des ouvrages qui il n’y a pas si longtemps de cela trônaient sur son étagère.

Je vous propose donc les titres de ce que j’ai lus et qui peuvent vous faire passer du bon temps, en attendant de retrouver un rythme normal de vie.  A condition d’aller les chercher en numérique pour l’instant. Ils ne sont point classés par ordre de préférence mais suivant mon planning de lecture, à l’exception de mon coup de cœur du moment !


ROSEWATER de Tade Thompson – éditions J’AI LU Nouveaux Millénaires

Résumé :
Nigeria, 2066. La ville de Rosewater a poussé comme un champignon autour d un biodôme extraterrestre mystérieusement apparu quelques années plus tôt et qui, depuis, suscite de nombreuses interrogations parmi la communauté internationale. Les habitants de Rosewater, eux, se fichent bien du comment et du pourquoi, tant que le dôme continue de dispenser ses guérisons miraculeuses lors de son ouverture annuelle. Karoo vit dans cette cour des miracles. Officiellement, il travaille comme agent de répression de la cyberfraude, mais il est aussi un membre du S45, une officine d État chargée de missions plus ou moins discrètes qui l a recruté en raison de ses pouvoirs psychiques, sans doute acquis au contact du dôme. Mais aujourd hui, ses talents font de lui une cible..



VAURIENS, compilation de nouvelles par George R.R. Martin et Gardner Dozois – Editions J’AI LU Poche

Résumé :
Tout le monde aime les vauriens. Opportunistes, sans scrupules, sans foi ni loi... Ils nous fascinent et nous séduisent.
Comme dans Dangerous Women, George R.R. Martin et Gardner Dozois ont choisi une thématique universelle.
Cette anthologie comprend vingt-et-une nouvelles inédites d'auteurs de best-sellers parmi lesquels : Gillian Flynn, Neil Gaiman, Joe Abercrombie, Scott Lynch, Cherie Priest et Connie Willis.



LE TEMPS FUT de Ian McDonald – Editions LE BELIAL, collection Une Heure Lumière

Résumé :
Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d'un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s'avère vite d'une qualité littéraire au mieux médiocre... En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c'est la lettre manuscrite qu'il découvre glissée entre les pages de l'ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre. Il se trouve ici en présence d'une lettre d'amour qu'un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre - et vieux papiers - afin d'identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l'âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas... Du tout.



L’ENFANCE ATTRIBUEE de David Marusek - Editions LE BELIAL, collection Une Heure Lumière

Résumé :
« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires sociales nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’État à la Population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. »
En cette fin de siècle surpeuplée, quand les traitements anti-vieillissements rendent chaque individu virtuellement immortel, avoir un enfant relève du luxe le plus extrême. Sam Harger, artiste spécialisé en design intérieur, ne s’attendait pas à tant de bonne fortune lorsqu’il rencontra l’ambitieuse Eleanor Starke. Couler le parfait amour, puis obtenir l’autorisation d’avoir un bébé… une chance inouïe pour le couple, qui ne cache pas son bonheur. Mais dans ce monde surveillé à l’extrême, dominé par l’informatique et les intelligences artificielles, est-on jamais à l’abri des bugs ?



LA COMPLAINTE DE FORANZA de Sara Doke – Editions LEHA


Résumé :
Dans Foranza, citée éclairée par la tolérance et l'art des peintres, vouées au culte des fées, un meurtrier s'attaque sauvagement aux femmes, assassinées dans des conditions atroces au sein même des ateliers d'artistes.

Tandis qu'Aphrodisia Malatesta mène l'enquête la plus difficile de sa carrière, son ami Pasquale Di Auleri invente d'incroyables machines avec l'aide de son assistante Leona Da Veni; Martin, le mercenaire étranger, forme une milice de femmes pour protéger les artisanes et les ouvrières qui, comme Lupa et Callista craignent désormais pour leur vie; enfin, derrière son bar, au Fée-z-Alys, Chiara tente de maintenir en vie le rêve d'une société qui semble se désagréger sous ses yeux.

Mais la principauté portuaire n'est pas au bout de ses peines, comme si les fées adirées et le destin souhaitaient s'acharner contre elle.



CUITS A POINT de Elodie Serrano – Editions ACTUSF

Résumé :
Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d'arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d'un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu'on est en plein hiver et que le reste de l'Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?



UN LONG VOYAGE de Claire Duvivier   - Editions AUX FORGES DE VULCAIN

Résumé :
Issu d'une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d'être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l'Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques.
Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s'embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d'un Empire.


lundi 30 mars 2020

IL Y A UN ROBOT DANS LE JARDIN ET DANS MES CHRONIQUES




IL Y A UN ROBOT DANS LE JARDIN
Edité par les éditions J’AI LU (mars 2020), édition originale France parue chez SUPER 8

Auteur : Deborah INSTALL

Traductions de Clara Gourgon

Couverture : création Studio J’ai Lu

Paginations 348 pages

Prix respectifs : 7.60 €

Confinement, 3ème semaine ! Je cherche un roman sans prétention pour occuper mon cerveau.  Loin des paysages sinistres de romans comme…. Complétez les petits points. Votre bibliothèque de l’Imaginaire en regorge, j’en suis persuadé.

Et me voilà embarqué dans l’odyssée de Ben, trentenaire procrastinateur compulsif. Au grand désespoir d’Amy, sa femme, avocate toujours en mode speed.

Entre les 2, il y a souvent de l’eau dans le gaz.

Sauf, que ce matin-là, Amy lance la phrase qui va déclencher l’intrigue du roman « Il y a un robot dans le jardin… ». Ben, infinie source de frustration, dixit Amy, doit se débarrasser de la chose.

En effet, sous l’un des arbres de la maison, repose un robot qui regarde les chevaux de la propriété d’à côté. Mais Ben n’est pas très pressé de passer à l’action. Il a toute la journée après tout. C’est un oisif qui a hérité de ses parents décédés dans un accident d’avion. Il estime pouvoir vivre sur l’héritage laissé, à part égale avec sa sœur Bryony, également avocate.

Mais, il y a ce foutu robot. Pas un de ces nouveaux androïdes multi fonctions que tout bon foyer se doit d’avoir. Tang, puisque c’est le nom que croit deviner dans les maigres propos de la « chose » Ben ; Tang donc est une boîte sur une autre boîte plus petite (la tête). Des bras et des jambes d’inégales longueurs assemblés à la va vite. C’est un assemblage hétéroclite d’éléments disparates. Et à l’intérieur, pas mieux si ce n’est un cylindre qui fuit. Ben comprend qu’il doit faire réparer le robot. Mais qui en est le constructeur ? Juste une plaque à moitié effacée. Mais quand Amy aperçoit son mari qui vient de nettoyer la carcasse avec une brosse à dents électrique (!)… « Mais qu’est-ce que tu fous… Son étonnement n’avait rien de surprenant. Entrer dans un garage et nous voir ainsi : Tang allongé sur le dos et moi en train de l’examiner tel un gynécologue, armé d’un téléphone et d’une brosse à dents électrique, cela devait faire raisonnablement un drôle d’effet.
- Ben…. Tu es en train de me demander de regarder DANS LE CUL D’UN ROBOT… ». Extrait.

Peu après cet incident, Amy part se réfugier chez la sœur de Ben, et lui annonce son intention de divorcer.

Désespéré, peut-être. Mais bien décidé à découvrir qui est le véritable constructeur du robot, Ben, sur les quelques éléments figurants encore visibles sur la plaque, s’embarque dans une drôle d’aventure qui le mènera, depuis la Grande-Bretagne,  successivement aux Etats-Unis, au Japon et sur une île Micronésienne du Pacifique.

Et les attitudes de Tang, son entêtement, ses peurs, ses crises d’angoisse vont révéler à Ben, peu à peu, des sentiments dont il se croyait jusqu’à présent incapable d’éprouver. Car Tang est un enfant en devenir ! Les péripéties mais aussi les personnages qu’il va croiser, vont mûrir cet éternel défaitiste.

Ce roman est une « sucrerie » bienfaisante pour un lecteur tel que moi. Même si on devine très vite l’issue de cette odyssée picaresque, j’ai été embarqué très facilement dans l’histoire où c'est le plus moche qui est le plus sympathique. Je suis persuadé que Tang deviendra votre chouchou. Un peu comme ces robots-jouets vintages. Vous pouvez vous l’imaginer à votre façon, et sourire très souvent de ses réactions. De ses réflexions. ! De son bon sens, qui nous interpelle sur nos modes de fonctionnement adulte qui ne laisse pas assez de place à la magie de l’innocence (voyez Peter Pan et Hook de Spielberg).

A vous lecteur, faites-vous du bien, adoptez Tang et prenez une bonne bouffée d’optimisme dans ces moments guère évidents pour les uns et les autres !
                                 "Un livre des plus insolites et délicieux. Deborah INSTALL a créé un robot dont vous vous souviendrez !" Alexander McCall Smith auteur de la série à succès "Ladies Detective Agency". 
A recommander aux amateurs de polar

lundi 23 mars 2020

LE REGARD DANS LES JARDINS DE POUSSIERES



LE REGARD
Edité par les éditions LE BELIAL, collection « Une heure/Lumière »



JARDINS DE POUSSIERE


Auteur : Ken LIU



Traductions (excellentes) de Pierre-Paul DURASTANI

Couvertures de Aurélien POLICE

Paginations : 93 pages et 520 pages

Prix respectifs : 08€90 et 24€90

Sorties en juin 2017 et octobre 2019

Vous avez aimé les nouvelles du monde de l’Imaginaire comme « DANSES AERIENNES » de Nancy KRESS chez le même éditeur, alors précipitez-vous sur ces deux ouvrages de grande qualité littéraire.

Je parlerai surtout du premier titre.

Des jeunes femmes asiatiques sont assassinées sauvagement ; circonstances horribles, elles sont énucléées et sans aucun doute alors qu’elles sont encore vivantes. Pourquoi et qui est le mystérieux meurtrier qui ne laissent aucune trace.
« … Voici longtemps, avant la prison, on l’appelait le Surveillant… Il sort de la douche, se sèche et, drapé dans sa serviette s’assoit pour travailler sur la petite demi-sphère argentée, de la taille d’un gland et qu’il essaie d’ouvrir. Quand il se l’est procurée, elle était couverte de sang. Il l’a essuyée à maintes reprises avec des serviettes en papier mouillées au robinet du lavabo jusqu’à ce qu’elle resplendisse… » Extrait
C’est ce que veut la mère de l’une d’elle, Jasmine. Elle engage Ruth LAW, une détective privée établie dans le quartier chinois. Son enquête révèle que Jasmine était une prostituée de luxe, ce qu’ignorait sa mère.

Au fur et à mesure de l’enquête, Ruth Law découvre que les yeux ont une importance et que le tueur a d’autres « vues » sur ces jeunes personnes.

Ah ! je ne vous ai pas tout dit. Ruth Law bénéficie d’un « Régulateur ». Cela améliore son endurance physique et mentale au-dessus de la norme. Mais il agit comme une drogue pour oublier un événement tragique de son passé. Et cette enquête va la ramener à ce traumatisme.

L’ouvrage est une réussite d’enquête policière et de fantastique. L’habileté de Ken LIU s’est de s’attacher, par petites touches, à des détails qui vont de la violence à la cruauté avec un raffinement tout asiatique. Lui, né en Chine mais ayant migré avec ses parents aux Etats-Unis très jeune.  Il a gardé de ses origines un goût pour une approche de l’Imaginaire baigné des contes et légendes de la Chine d’autrefois. Une manière de conter qui échappe à tous les codes classiques de la fantasy ou de la science-fiction.

Cette tradition se retrouve dans les 26 nouvelles constituant « JARDINS DE POUSSIERES ». la légende chinoise rencontre le Steampunk, la science-fiction se fait conte. Vous pourrez y lire une nouvelle de 2 pages ressemblant à une publicité, le voyage spatio-temporel évoque un voyage initiatique. Il y a des intelligences artificielles. Et une nouvelle où certains des protagonistes sont des animaux modifiés aux souvenirs humains avec une héroïne/grenouille… « … Croa ! Croa ! » Je ris en voyant les gens s’écarter d’un air terrifié. Puis, je saute, le plus haut possible. ».

L’écriture est continuellement originale. Détendez-vous, ce sont des cocktails d’idées qui enivrent le lecteur. Certains textes grisant rendent euphorique. D’autres procurent une chaleur lente, un bien-être tranquille qui vous laisse pantois aux derniers mots, déboussolé. De véritables petits bonheurs littéraires. « … Un million de milliards de soleil illuminent le monde. ». « … un futur aussi vibrant de magie que le passé. ».

Le lecteur est l’hôte de sa « Twilight Zone ».

Un anthologie établie par Ken LIU

Ces réussites offrent à Ken LIU les prix les plus prestigieux aux USA et en France : Nebula, Hugo, World Fantasy ainsi que le Grand prix de l’Imaginaire pour un précédent recueil « LA MENAGERIE DE PAPIER ». A recommander également une courte novella, toujours au BELIAL, « L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE ».  Ken LIU est également traducteur de littérature de SF chinoise. 



Edité chez Outrefleuve





samedi 21 mars 2020

LE PROBLEME A TROIS CORPS PAR LES CHRONIQUES D'ARRAKIS

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LE PROBLEME A TROIS CORPS

Edité par les éditions ACTES SUD
Version en poche chez BABEL
Auteur : Liu CIXIN
Traduction de Gwennaël Gaffric
Couverture de Yoozoo Pictures
Prix : 10€90
Sortie en octobre 2018

La littérature de l’Imaginaire venue de Chine est encore bien rare chez nous. Malgré les récompenses prestigieuses obtenues depuis la parution du roman en 2006 (Galaxy Awar – Chine – en 2006 ; le Hugo américain lui fut attribué en 2015), il a fallu attendre 2016 pour voir le premier tome de cette trilogie traduit et édité par Actes Sud.
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Liu CIXIN

1967. Au moment de la Révolution Culturelle chinoise, les scientifiques sont très mal perçus par les autorités politiques et les Gardes Rouges. Ye Wenjie, jeune astrophysicienne assiste à l’humiliation et au lynchage de son père, célèbre scientifique.

En guise de « punition » et de rééducation elle est envoyée vers un site secret militaire, de Côte Rouge, et insérée au sein d’une équipe de recherche.

Ses connaissances servent à l’élaboration d’un nouveau système de télétransmission dirigé vers l’espace. En secret, elle envoie un message, sans certitude aucune d’être reçu par une quelconque intelligence extraterrestre.

Bien des années plus tard, la communauté scientifique mondiale est frappée par une vague de suicides inexpliquée. La Chine est frappée elle-même.

Wang Miao, chercheur réputé chinois en nanotechnologie, se trouve approché par un Commissaire de la République, Shi Quiang, personnage enjoué et retors. Il demande au chercheur de se rapprocher d’une section mystérieuse de scientifiques, afin de l’espionner pour son compte. Mais ce qu’ignore le Commissaire, c’est le phénomène étrange qui frappe Wang Miao : il est le seul a voir un étrange compte à rebours. S’agit d’hallucinations ?

En contact avec celle qui supervise ce regroupement de scientifiques, il lui avoue ce qu’il est seul à voir. Elle lui propose de faire cesser le défilement. Sceptique elle lui promet qu'il va pouvoir assister à un phénomène stellaire improbable. Qui se produit, à son grand étonnement. Convaincu, il accepte d’intégrer le groupe et la vision cesse.   Fortuitement il découvre un jeu de rôle vidéo qu’il se met à explorer. Cela le plonge au cœur d’une communauté aux prises avec des phénomènes climatiques erratiques dus aux trois soleils de la planète. Solution : trouver la périodicité exacte des phénomènes qui empêchent la population de vivre normalement. Seule solution pour eux en cas chaleur intensive, se déshydrater, au sens propre du terme : « … Le laquais se défit de sa longue robe trempée de sueur, puis s’allongea nu sur le sable. Sous les dernières lueurs du crépuscule, Wang miao vit soudain de la sueur suinter abondamment sur le corps du laquais. Il comprit vite que ce n’était pas de la transpiration mais toute l’eau de son corps qui s’échappait. L’eau convergea en rigoles sur le sable, puis le corps du laquais se ratatina, comme une bougie fondue. Au bout de 10 minutes, le corps était complétement asséché, il ne restait plus qu’une peau flasque étendue sur le sol et sur laquelle il était désormais difficile de distinguer les traits de son visage.
-      Est-il mort ? demanda Wang Miao
-      …. Non répondit le roi Wen. » Extrait

A travers le « jeu », il rencontre de nombreux personnages célèbres de notre Histoire : des rois chinois importants, Leonard de Vinci, Newton… Avec qui il engage de longues conversations.

Quel est le sens des messages délivrés, pourquoi ce jeu, quels sont les buts exacts de ces scientifiques, il faudra au lecteur près de 500 pages d’une écriture scientifique raffinée, parfois complexe je le reconnais. Cela peut « lasser ». Mais passé ce malaise littéraire passager, utile en fin de compte, vous découvrirez ce roman, premier d’une trilogie (« La forêt sombre » ; « La mort immortelle » suivront) qui échappe à nombre de critères classiques de littérature de l’Imaginaire.

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A recommander à des lecteurs curieux d’autres approches, d’autres univers de conteurs, d’autres codes liés aux origines asiatiques, chinoises  de son auteur Je pense à des lecteurs qui ont aimé les romans du japonais Murakami, notamment 1Q84.
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« …Liu Cixin est devenu l'écrivain de SF le plus connu en Chine. Il est invité en tant qu'ambassadeur à de nombreux événements et colloques internationaux. Il se voit par exemple nommé « ambassadeur pour le programme chinois d’exploration de la planète Mars », en compagnie d’autres personnalités chinoises, ... Sa position de star SF mondiale prend place dans un contexte actuel où la Chine devient une puissance mondiale dans tous les domaines notamment scientifique et culturel. ».  Extrait de l’article de Elise POUGET « L’essor de la science-fiction chinoise »sur le site Le petitjournal.com.

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A signaler qu’une nouvelle de Liu CIXIN a été porté à l’écran avec succès - The Wandering Earth, film réalisé par Frant Gwo, 2019 - un des premiers films de science-fiction chinois. Hélas sur Netflix je crois ! Le texte a été traduit par Gwennaël Gaffric chez Actes Sud sous le titre « Terre errante ». Sortie en 2019/2020.

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vendredi 20 mars 2020

FELLSIDE DANS LES CHRONIQUES D'ARRAKIS


FELLSIDE
Edité par les éditions de l’ATALANTE
Auteur : Mike C. CAREY
Traduction de Nathalie MEGE
Couverture de Duncan SPILLING
Prix : 25€90
Sortie en novembre 2019

FELLSIDE, c’est le nom d’une prison « modèle » et moderne pour femmes, en Angleterre. Privée également.

C’est là que Jess Moulson est incarcérée après avoir été condamnée à une lourde peine dans un procès expéditif au vu des circonstances horribles du drame dont elle est à l’origine : camée notoire, sous l’emprise de la drogue elle a mis le feu dans son appartement, vengeance contre son petit ami. En s’étendant à l’étage supérieur, l’incendie a tué un jeune garçon que Jess connaissait et avec qui elle discutait parfois. Un garçon souvent triste…. Gravement brûlée, elle a été soignée et retrouvé un semblant de visage.

A l’issu du procès, elle entame une grève de la faim. Cela n’empêche pas qu’elle se retrouve à Fellside, dans l’infirmerie de la prison. Mais tout comme à l’hôpital, Jess ressent une présence invisible. Amicale.

La rejoint bientôt une détenue qui a subi une « punition » à la suite d’un vol… « Râles et soupir s’élevèrent en chœur la première fois que McBride prit un coup : un silence tendu succéda au deuxième. Silence qui persista, ponctué par le marteau qui s’abattait – en une percussion peu sonore évoquant assez de bruit de viande qu’on attendrit – et par les hurlements de surprise et de douleur de McBride, qui se hâtait chaque fois de ramener sa main vers son corps… alors qu’elle avait à présent tous les doigts cassés… ». Extrait.

Alors que Jess s’enfonce vers la mort, elle décide de cesser la grève de la faim car Alex le jeune mort dans l’incendie lui demande de l’aide pour découvrir qui l’a tué. Alex, fantôme amnésique, n’est pas mort à la suite de l’incendie ; une personne l’a torturé et tué auparavant. Il demande à Jess de rétablir la vérité sur sa mort.

Mais comment peut-elle mener une enquête alors qu’elle est incarcérée maintenant en cellule. Peut-être en parcourant le dossier du procès et de l’enquête. Pour cela elle contacte son avocat qui délègue un de ses jeunes collègues. A la lecture des pièces remises, Jess constate des zones d’ombres. Elle doit remonter le fil d’une enquête entachée d’incohérences.

Mais dans une prison de femmes, un infanticide est un crime majeur. Et Jess va subir très régulièrement des violences menées par une « chef » des détenues, véritable « parrain » des trafics de drogue en particulier et de la loi au sein de son quartier carcéral. Elle peut compter sur un des matons, son amant.

C’est encore Alex avec des pouvoirs qu’il possède en tant que fantôme, que Jess va accéder à la possibilité du voyage astral nocturnes et pouvoir pénétrer les rêves de personnes. Mais a-t-elle le pouvoir de prendre sa revanche ?

A vous de lire ce roman copieux de Mike C. Carey. « Un conte cruel pour amateur de roman noir et d’épouvante. » Library Journal.

Dans la veine d’une série TV comme « Orange is the New Black » ou le film « Sixième sens ». « 100 chapitre qui sont autant de scènes de vie, dans un lieu hanté par les vivants. » 
4ème de couverture.
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Un sourire d'ange pour mieux nous mener en Enfer !
Mike Carey, scénariste bien connu des amateurs de comics de Marvel à DC ; c’est le complice de Neil Gaiman, lui aussi romancier, mais qui a écrit la série « Sandman » chez Vertigo. Avec « The Unwritten », Carey détourne les codes des romans de Marie Shelley, Lewis Carroll ou Herman Melville.
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Avec FELLSIDE, il nous introduit dans un récit fantastique mais pas que… Il prend des chemins détournés pour aborder la vie d’une prison de femmes, sa violence, ses trafics, dresser une galerie de portraits d’hommes et de femmes où le sordide côtoit l’horreur de la vie carcérale. Où matons, corps médical et direction participent à la descente aux enfers d’êtres humains.
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Séries de romans non encore traduits chez nous !
Au grand dam du lecteur qui aimerait sans doute que le récit reste centré sur la quête de Jess Moulson.

L’écriture est fascinante, crue souvent. L’auteur a du métier, cela se sent. Son univers est glauque comme dans un roman précédent édité à l’ATALANTE, « Celle qui a tous les dons ». Mais aussi dans l’univers du comics. Toutefois, le lecteur se laissera happer par l’intrigue qui le poussera à dévorer les 100 chapitres afin de connaître la conclusion de la quête de Jess, très près de l’Enfer ! J’ai beaucoup apprécié le travail de la traductrice qui, en mots, sait capter l’intérêt du lecteur. On ne dira jamais assez que la réussite d’un roman étranger est dû, en partie à la traduction. Hommage soit rendu à leur travail !

Les autres romans traduits de Mike Carey à l'ATALANTE